11/02/2014

Et si nous touchions aux limites de la démocratie directe ?

Le peuple a toujours raison, dit-on en Suisse.

Comment ne pas être d’accord avec le fait que, si une majorité décide quelque chose, cette chose sera forcément favorable au plus grand nombre?

Pour ma part je souscris totalement à cette idée, avec un petit bémol toutefois:

Ce n'est vrai que si le peuple est bien informé sur toutes les conséquences de ses décisions.
Ce n’est vrai que s’il décide en connaissance de cause.

Démocratie directe.pngOr, quelle est la réalité? Dans la société actuelle, les citoyens sont submergés d’informations de toute sorte, de sollicitations publicitaires pour des élections et des votes sur une pléthore de sujets plus complexes les uns que les autres.

Ils délèguent donc aux politiciens la tâche d’approfondir ces questions, d’analyser les conséquences positives ou néfastes de telle ou telle idée.

Ensuite, ils attendent de leurs élus que le résultat de ces travaux leur soit présenté d’une manière simple, digeste et surtout, compréhensible par des gens qui n’ont pas l’intention de passer des heures à potasser des sujets arides.

Pourtant, certaines décisions qui sont soumises aux citoyens ont des implications complexes car elles s’inscrivent dans un monde toujours plus interconnecté, toujours plus interdépendant. Comment, alors, trancher sans consacrer une énergie considérable à s’informer?

Comment se faire une idée sur la justesse de telle ou telle proposition si on n’en maîtrise pas tous les tenants et aboutissants?

La tentation est forte de ne se baser que sur quelques slogans, sur quelques idées fortes et facilement compréhensibles en négligeant les conséquences plus subtiles.

Cette tentation, beaucoup de politiciens l’ont bien comprise, surtout dans les formations dites «populistes».  

  • Touche pas à mon logement!
  • Sauvons nos parcs!
  • Non aux cowboys du câble!
  • Stop aux hausses des tarifs des transports publics Genevois!
  • Non à l’immigration massive!

Autant de slogans réducteurs qui ont emporté un vote populaire alors que les objets qui se cachent derrière ces formules lapidaires ont souvent des implications néfastes que les initiants se gardent bien de développer.

Je connais par exemple une dame qui a voté pour Luc Barthassat aux dernières élections parce qu’elle a entendu dire qu’il aimait les chats ! Je ne remets nullement en cause la qualité de Luc Barthassat en tant qu’élu, mais vous conviendrez que l’argument est un peu court pour élire l'une des personnes qui présidera aux destinées de notre Canton pour les 5 prochaines années!

Cette dame est-elle donc stupide? Pas du tout! Il s’agit en fait d’une personne intelligente et capable que je respecte énormément mais qui s’intéresse très peu à la politique. Elle est tout à fait représentative d’une grande partie de la population Suisse.

Cette communication à l’emporte-pièce, réductrice et sur-simplificatrice, les politiques en portent évidemment une large part de responsabilité. D’un autre côté, c’est également notre système qui veut ça.

representant-peuple-konk.jpgPeut-on réellement reprocher à un politicien de prendre des raccourcis, de dire aux gens ce qu’ils veulent entendre, quand il sait parfaitement qu’il n’aura que quelques lignes dans un journal ou quelques minutes dans les médias pour convaincre?

Cependant le résultat est là, sur la récente initiative UDC, qui prétérite durablement notre prospérité, le clivage est clair:
Tous les cantons les plus développés économiquement, tous les cantons contributeurs à la péréquation intercantonale (le système de redistribution des richesses entre les cantons «riches» et les cantons «pauvres») ont voté non.

A l’inverse, les cantons bénéficiaires de cette péréquation ont dit oui. Se sont-ils rendu compte qu’en ce faisant ils détruisaient l’une des sources de la prospérité Suisse? Qu’en quelque sorte, ils mordaient la main qui les nourrit? Je ne pense pas.

Alors oui. Les politiques sont responsables de cette dérive. Mais les politiques sont mis en place par le peuple.

Et le peuple a toujours raison…

Commentaires

Quand on considère la somme de fausses promesses, d'informations bidonnées et de mensonges éhontés, notamment sur le fonctionnement de l'Europe, colportés par les initiants depuis plusieurs années, on ne peut que pensez que l'électeur lmbda a bien du mérite à s'y retrouver. Quand il s'y retrouve.

Écrit par : votant mystifié | 11/02/2014

Vous vous présentez comme quelqu'un de bien informé.

Alors pourriez-vous nous dire ce que vous pensez de la thèse selon laquelle la libre-circulation des personnes a déjà commencé à détruire la compétitivité de la Suisse, thèse développée dans l'essai "La croissance économique de la Suisse, un drame politique caché", disponible ici :

http://www.adimante.ch/

Écrit par : Adimante | 11/02/2014

La Démocratie reste sans limites ou alors ce n'en est plus une.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 11/02/2014

Je trouve toujours impressionnant la faculté de certains de toujours remettre en cause la démocratie quand celle ne suit pas leur idées.

Il faut arrêter de faire les capricieux maintenant.
La démocratie c'est aussi de savoir que ce n'est pas vos idées qui seront pris en compte.

Une votation n'est pas là pour savoir qui a raison qui a tort mais simplement de quelle voie suivre. Et c'est la majorité qui tranche.

L'initiative sur les résidance secondaire va à l'encontre du fédéralisme, pourtant les idéalistes qui pleurent aujourd'hui ne la remette pas en question.

Écrit par : DdD | 11/02/2014

Vous préparez aussi le Grand Soir avec Souaille, Cuénod, Emery et Cie ?...

Je pense que ces appels contre la démocratie directe et contre la démocratie en général au lendemain de ce scrutin, sont d'une extrême gravité.

Écrit par : petard | 11/02/2014

Il n'y a aucun appel contre la démocratie directe dans ce que je dis.

C'est le meilleur système que je connaisse!

Mais il a quand même ses défauts et l'un d'entre eux est qu'on est tellement submergé de décisions à prendre que l'on ne prend plus le temps de s'informer correctement.

Beaucoup de personnes votent en fonction du titre des initiatives et de l'avis des copains au café du commerce. Ce sont souvent les mêmes qui finissent par se plaindre des conséquences de ce qu'ils ont eux-même voté.

Écrit par : Daniel Zaugg | 11/02/2014

«....d'entre eux est qu'on est tellement submergé de décisions à prendre que l'on ne prend plus le temps de s'informer correctement....»

Ça c'est le problème de la presse et surtout celui des médias du service public qui ne remplissent plus leur cahier des charges.

Écrit par : petard | 11/02/2014

Dans ce cas, vous prônez une technocratie où seuls les gens éclairés puissent décider sur des objets complexes ? On peut regretter la connerie, mais je ne suis pas certain qu'il faille discriminer en raison de l'intellect.

De même, il faut relativiser lorsque vous parlez du peuple. Le peuple votant représente environ 55 % des électeurs, soit aux alentours de 2,5 mio de personnes. A mon sens, le problème vient surtout du fait que ce sont toujours les mêmes personnes qui votent. En particulier, une forte propension de personnes mûres. Je pense que si le pourcentage de participation était plus élevé, le résultat aurait été un "NON", bien que je pense que certains jeunes (qui votent moins) ont été plutôt favorables à l'initiative. Il faut mentionner aussi que notre taux de naturalisation n'est probablement pas très haut et qu'une grande partie des étrangers résidents en Suisse depuis assez longtemps n'ont pas eu le droit de vote !

Pour ma part, je pense que plus de démocratie aurait pu renverser le résultat.

Écrit par : V. Roldana | 11/02/2014

Au lieu de chercher pourquoi les suisses ont voté OUI cherchez plutôt ce qu'il faut faire pour qu'ils n'aient plus envie de voter OUI. C'est vous l'ingénieur !

Écrit par : norbertmaendly | 11/02/2014

"Mais les politiques sont mis en place par le peuple."

Pas tous. Et pas toujours. Il y a des élections tacites. Et le grand problème est que le choix des personnes compétentes est très, très, très limité. Pour pas dire nul. En fait le peuple choisit moins qu'il n'élimine. Il faut revenir aux fondamentaux de la démocratie. Le tirage au sort.

Écrit par : Johann | 11/02/2014

"qui prétérite durablement notre prospérité"

1) Vous n'en savez strictement rien.
2) Et alors? Il y a d'autres valeurs dans la vie que la course au profit et une "croissance" monétaire qui va dans le mur.

Écrit par : Johann | 11/02/2014

Si après 6 mois de débats et les moyens considérables dont disposaient les opposants il n'a pas été possible de convaincre, c'est certainement parce que les arguments ne portaient pas.
En considérant les limites de la démocratie directe, vous suggérez que le peuple est mal informé et qu'il décide sans connaitre les conséquences, de manière émotionnelle.
Je pense exactement le contraire. Les Suisses ne réagissent pas à coup de slogans. Au contraire. D'ailleurs c'est contre ceux-ci qu'ils se sont prononcés dimanche. Contre les menaces, contre les puissants.
Mais surtout ils envoient un signal au monde. Et oui, très modestement, en suivant son petit bonhomme de chemin, la Suisse soulève des questions dérangeantes. Je développe un peu plus sur mon site.
http://www.pierrejenni.ch/page/23-immigration-votation-du-9-fevrier

Écrit par : Pierre Jenni | 11/02/2014

Au fond, si le parti de M Zaugg, le PLR, lançait une initiative qui déciderait quels sont les partis ou les lobbys qui pourraient, eux et eux seuls, lancer des initiatives. Cela vous irait comme démocratie ?

Ainsi, vous seriez sûr que les bonnes questions et les bonnes réponses seraient apportées au bon peuple!

Écrit par : Exprof | 11/02/2014

@Pierre Jenni

Vous avez entièrement raison. Mille fois raison.

Toute cette remise en question par rapport à la légitimité de la décision populaire ou de la démocratie directe, c'est de l'arrogance et de la suffisance.

Si le résultat avait été inverse de 15000 voix. Les mêmes auraient loué la démocratie directe.

Au fait, pour eux, le peuple est con dans la mesure où il ne pense pas dans leurs clous.

Écrit par : petard | 11/02/2014

Bonjour à toutes et à tous,

l'UE vocifère, c'est d'ailleurs tout ce qu'elle peut réellement faire.

De fait, si l'UE insistait de trop... On imagine ce qu'il se passerait si, demain suite à des décisions maladroites et déplacées de la très ignorante et amnésique commission européenne, la BNS libérait les 400 milliards d'Euros en obligations qu'elle a souscrit pour sauver l'Euro et maintenir un taux de change profitable à nos exportations ?

Prenons les paris : 1.- CHF que l'UE s'asseoit à la table des négociations, une fois que l'émotionnel aura cédé sa place à la raison.

En résumé, le peuple a toujours raison, comme il a eu raison en 1992 en refusant l'adhésion à l'EEE, n'en déplaise à quiconque l'Histoire lui a donné raison.

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 11/02/2014

"la BNS libérait les 400 milliards d'Euros en obligations qu'elle a souscrit pour sauver l'Euro"
La France milite pour une dévaluation de l'euro, à tout hasard. On a peut-être bien aidé Schneider-Ammann à exporter, mais il y a des chances que cela va nous coûter très, très cher.

Écrit par : Géo | 11/02/2014

@Stéphane ..... Là vous sortez vraiment une grosse ânerie ! En soutenant l'euro par des achats massifs, ce n'est pas l'euro que l'on a sauvé mais l'industrie suisse d'exportation! Remettre brutalement ces euros sur le marché provoquerait une hausse du franc suisse par rapport à l'euro et un catastrophe économique sans précédent pour notre industrie.

Il faudrait quand même revoir un les fondamentaux avant de dire n'importe quoi!

Écrit par : Galileo | 11/02/2014

la démocratie directe c'est un peu les évangélistes qui se font "politique "nul besoin des corps intermédiaires "députés- conseillers- ministres.etc" l'accès direct au souverain sorte de Dieu citoyen se fait directement , moyennant tout de même l'argent du culte , pour organiser "initiative ou referendum "sorte de mission quasi divine libératoire ou expiatoire à l'égard justement des égarés dont on veut se défaire.
à cela bien évidemment quelques effets secondaires , nos saints patrons sorte de lobbyistes "écolo-ou homo- économicus" se trouvent en quelque sorte "castrés" de leur aiguillon de législateur , siégeant sous la menace du couperet populaire ou plus fréquemment populiste "cela dépend du sens du poil " , ils s'astreignent à ne déplaire à personne, à s'extasier sensuellement dans "le consensus" sorte de réceptacle sensé avaler les non-choix les pis-aller, qui font le bonheur de la presse et plus spécialement le MCGHI avide du courrier du corps.

Écrit par : briand | 11/02/2014

Relisez votre histoire! Dans ce pays, c'est le peuple qui donne mandat aux élus pour mettre en application ce qui ressort des urnes.
Se sont nos employés. Alors vu sous cet angle il n'y a aucune raison de se
poser la question de notre démocratie et de son éventuelle limite!

Écrit par : Corélande | 11/02/2014

@ Jenni

La lecture de votre contribution tend à donner raison à M. Daniel Zaugg. On y lit :

1. "Pas besoin d'être grand devin pour comprendre que la Communauté Européenne, ou plutôt sa Commission peu démocratique, sera obligée de réagir fermement pour éviter un embrasement au sein de ses membres."

Outre que la Communauté Européenne et défunte a laissé place à l'Union Européenne, je vous signale qu'il n'existe pas que la Commission, il existe un Parlement et son pouvoir de codécision grandissant nécessaire à l'approbation de nombres de directives et règlements.

Et il existe les 28 Etats membres, soit le Conseil (chef d'état et de gouvernement), le Conseil des ministres (des affaires étrangères), le Coreper (représentation permanente des Etats).

Et en ce qui concerne la Suisse, Etat tiers, c'est bien de cela qu'il s'agit.

Toute modification du traité ALCP (libre circulation) nécessite l'accord des 28 Etats de l'UE, soit du Conseil à l'unanimité, avec ratification parlementaire dans leur pays (article 18 du traité et à vrai dire cela découle déjà de ce que l'UE n'a pas les compétences requises en ce domaine).

La clause guillotine est une clause de l'ALCP (article 25 (4)) qui prévoit que les 6 autres accords des Bilatérales I tombent en cas de dénonciation par l'UE ou la Suisse. Nul besoin de l'activer. Certes, on peut la désactiver. Mais cela nécessite, comme toutes les modifications de l'ALCP, à l'exception de celles qui portent sur les annexes II et III, l'accord des 28 Etats et, qui plus est, selon leurs procédures nationales de ratification (article 18).

Parmi ceux qui pensaient que l'on allait négocier et imposer nos conditions, il en est, rare sont ceux qui pensaient qu'il s'agissait de s'en prendre à 28 Etats dont la plupart devraient en référer à leur parlement.

Y compris parmi les policaillons éructants.

Voyez-vous, en face de nous, il y a 28 démocraties occidentales.


2. "Comme pour tous les objets qui passent avec une si courte majorité, le gouvernement trouvera le moyen de faire semblant de respecter la volonté populaire comme il l'a fait récemment avec la loi sur le renvoi de criminels étrangers."

D'autant plus que cette fois l'UDC elle-même, trahissant la volonté des votants, s'y est déjà mise.

Il a été voté la priorité de l'emploi aux citoyens suisses par une disposition qui prévoit la priorité de l'emploi aux suisses et on se retrouve avec l'UDC qui veut faire adopter une loi fédérale qui donne la priorité à tous les résidents suisses et non seulement aux citoyens suisses, comme le rappelle Toni Brunner, Président de l'UDC (Suisse):

"En politique intérieure, la Suisse doit rapidement ..(..).. imposer la priorité des travailleurs résidents sur le marché du travail."

http://laicitesansconcession.blog.tdg.ch/archive/2014/02/11/un-cadre-precis-pour-l-application-de-l-article-constitution-252886.html

Et comme il n'existe pas de contrôle de constitutionnalité des lois fédérales (190 CF, l'UDC trouve cela très bien), rien à attendre des affreux juges. Et comme tous les partis, UDC y compris seront d'accord, rien à attendre du côté d'un referendum contre la loi.

Mais il encore un problème, la priorité des résidents sur les non-résidents n'est pas conforme à l'ALCP. Je propose donc que tout étranger UE arrivant, comme tout suisse, doivent s'annoncer dans les 14 jours. Et qu'à cette occasion, il recoive un accusé de réception, dénommé "permis de séjour T" valable 4 mois. Il alors sera résident et donc aura la priorité. QED

Pour les quotas rien ne dit qu'ils doivent être fixes et annuels. Ils peuvent être flexibles et autoadaptatifs.

Principe :
Quota à une date donnée = Quota au jour d'avant + Nombre de demande du jour.

A améliorer pour cause de réalisme. A ajouter des paramètres tels que taux de chômage pour faire sérieux. Les combiner pour qu'ils s'annulent et ne changent rien. Bien compliquer cela en une formulation mathématique et/ou en une réglementation à la mode anglo-maltaise sur 254 pages avec boucles de rétroactions. Et le tour est joué. QED

Je fais dont de ses ébauches d'idées à l'UDC.

Désolé de l'ironie. Mais notre population n'a pas les couilles pour appliquer son initiative qui suppose encaisser un choc économique majeur et virer les étrangers en trop. Si les gros yeux de l'UE ne devait pas suffire, il lui suffirait de quelques mesurettes concrètes entravant de manières spectaculaire le confort des citoyens suisses, qui se prennent pour des .... mais sont des .... clignant des yeux.

@ Corélande

Je ne met pas votre capacité de résistance en doute, mais voyez-vous nous sommes en train de nous faire tondre par, et c'est nouveau, en même temps l'UDC et le PLR/PDC et le PS.

Écrit par : CEDH | 12/02/2014

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